Publié le 27 avril 2012 - Classé dans
Animation économique ou commerciale
« Marchés gourmands », « marchés des terroirs » et autres événements liés à la gastronomie et aux spécialités régionales contribuent depuis des années à animer et à dynamiser les quartiers parisiens. Les associations de commerçants les plus actives le savent bien, c’est pourquoi elles initient ce type d’animation une ou deux fois par an depuis des années. Ces manifestations ont pour elles une seconde utilité : elles les aident à financer d’autres animations, en particulier les illuminations de fin d’année. Trois associations de commerçants ont pourtant reçu récemment une décision de refus de la part de la Mairie de Paris pour l’organisation de ce type de manifestation.
Présidente de l’Avenue des Ternes, Diane de Saint Alban n’en revient toujours pas de la décision de refus de la Mairie de Paris pour l’organisation d’un marché du terroir le 1er décembre 2011: « Ces marchés nous sont autorisés par la Préfecture de police et par la Mairie de Paris deux fois par an depuis 2007 ! » s’exclame la présidente. « Le refus de la Ville nous est parvenu le jour même de la manifestation. L’organisateur et moi-même avons décidé toutefois de la maintenir, en raison des engagements pris vis-à-vis des exposants, ainsi que du temps et de l’énergie dépensés pour mettre en place un tel événement ». Elle ajoute, avec agacement : « Nous comprenons que les organisateurs de marchés sont de plus en plus nombreux. Toutefois, l’argument actuel de la Mairie de Paris selon lequel il y aurait un trop grand nombre d’animations de ce type ne devrait pas s’appliquer aux associations de commerçants, en particulier aux associations qui éclairent leurs rues. »
Ce point de vue est partagé par de nombreux représentants d’associations de commerçants parisiens, dont Cécile Claris, vice-présidente de l’association des commerçants du haut Mouffetard « Les Villages de Mouffetard » (5e) et Jean-Paul Carron président d’honneur de l’association Vaugirard-Convention (15e).
Eux aussi ont été confrontés, au premier trimestre 2012, à un refus d’autorisation de la part de la Mairie de Paris pour l’organisation de marchés gourmands.
« Nous avons appris officiellement la décision de refus de la Mairie la veille de l’événement », déclare Cécile Claris. Motif invoqué : ce marché provoquerait une concurrence déloyale. « Il n’y a aucune concurrence possible dans notre quartier du haut Mouffetard », souligne la vice-présidente, « car les seuls commerces de bouche que nous avons dans cette partie de la rue disposent d’un stand gratuit pour promouvoir leurs produits ».
Le refus d’autorisation de la Mairie de Paris a été pénalisant pour l’association des commerçants car cette dernière avait annoncé l’évènement auprès de ses adhérents, de ses clients et des habitants du quartier. Le prestataire, quant à lui, a perdu beaucoup d’argent car il avait loué des chalets et effectué également une importante communication autour de l’événement.
« Deux points me paraissent essentiels », souligne Cécile Claris :
« Pour ne pas engager de frais, il faudrait que les associations de commerçants obtiennent les réponses à leur demande d’occupation de la voie publique au moins un mois avant la date de la manifestation. Étant donné que nous sommes obligés d’effectuer nos démarches au moins trois mois à l’avance, notre requête semble légitime ».
Suite à la rencontre, le 16 mars 2012 du Comité des associations de commerçants de Paris (CACP) avec Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris chargé du commerce, de l’artisanat et des métiers d’art, la Ville de Paris s’est engagée pour toute demande d’autorisation événementielle à donner sa réponse un mois avant la date de l’événement.
Le deuxième point important évoqué par Cécile Claris est le suivant :
« Les marchés gourmands nous permettent d’animer le haut de la rue Mouffetard qui est de moins en moins fréquentée pendant la journée. Cette partie de la rue Mouffetard est animée la nuit par de nombreux bars et restaurants qui n’ouvrent pour la plupart qu’en fin de journée. L’activité de nos commerces, quant à elle, est en baisse et nous n’arrivons plus notamment à financer les illuminations de fin d’année. Nous organisons deux animations par an (deux vides-greniers, en mai et en octobre), mais ce n’est pas suffisant. Nous devons créer plus d’événements pour dynamiser notre rue pendant la journée. La Mairie de Paris devrait nous encourager dans cet objectif ! »
« Ne nous privez pas de ces opérations qui nous permettent d’animer nos commerces ! » s’exclame également Jean-Paul Carron, président d’honneur de l’association Vaugirard (15e). Celui-ci vient en effet d’apprendre la nouvelle : le Marché Gourmand des Terroirs de France, organisé à l’initiative de l’association des commerçants ne pourra pas se dérouler comme prévu les 3, 4 et 5 mai prochains. A moins que la Ville de Paris ne revienne sur sa décision de refus notifiée le 17 avril.
Jean-Paul Carron se rappelle : « Au début de sa mandature, Lyne Cohen Solal avait émis le souhait de refuser cette manifestation au motif qu’elle faisait concurrence aux marchés permanents. En réponse, je lui avais fait parvenir une pétition de plus de 300 signatures de commerçants, dont tous les alimentaires, pour réclamer le maintien de ce Marché Gourmand des Terroirs de France. La parfaite tenue de cette manifestation donne un aspect de village en fête et attire de nombreux chalands. De plus, aucune concurrence n’est faite au marché Convention car nous sommes convenus avec le concessionnaire de ne commencer la manifestation que le jeudi après-midi. Profitant de l’événement et de l’apport de clientèle, nombreux sont nos commerçants à prévoir pour l’occasion des opérations dans leurs points de vente. De plus, ces marchés gourmands nous permettent, d’obtenir des fonds pour d’autres actions, grâce à la participation financière des exposants. En refusant cet événement, la Ville de Paris nous prive d’un moyen d’animer nos commerces. C’est inacceptable ! Si les autorisations nous sont systématiquement refusées, un grand nombre de présidents d'association, tous bénévoles, se décourageront et de moins en moins d’animations auront lieu ! »
L’association Vaugirard-Convention a créé au moins d’avril dernier le premier numéro d’une revue de liaison « La Ruche des Commerçants » qui annonce l’événement du Marché Gourmand des Terroirs de France. Les fonds collectés par l’intermédiaire du prestataire, AVRP Organisation devaient leur servir à financer en partie cette publication. Jean-Paul Carron a adressé un recours auprès de la Ville de Paris, afin de lui demander de revenir sur sa décision.
Les marchés gourmands fleurissent dans la capitale depuis des décennies. Face à ce constat et à la multiplication des demandes d’autorisation, la mairie de Paris a souhaité limiter en nombre ce type d’événement. Autre argument en faveur du refus d’implantation de ces Marchés : ils seraient trop concurrentiels vis-à-vis des commerces alimentaires locaux. Selon la plupart des représentants d’association de commerçants, loin de porter préjudice aux commerces situés à proximité, les marchés gourmands dynamisent les quartiers en augmentant la fréquentation de la clientèle. Lorsque ce type d’événement est organisé à l’initiative d’associations de commerçants, la mairie devrait systématiquement donner son autorisation. « Dans la mesure bien sûr où la prestation de l’organisateur est de qualité », précise Patrick Molho, président du Comité des associations de commerçants de Paris (CACP) et de l’association des commerçants et entrepreneurs de la rue de Rennes et de ses abords (6e). « A nous également d’être exigeants vis-à-vis de nos prestataires », ajoute-t-il.
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